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Kinshasa : La mendicité organisée devient un véritable business

Dans la ville de Kinshasa, mendier n’a plus un simple geste de survie. Certains Kinois s’organisent pour créer des structures informelles avec des postes, des horaires et même des superviseurs. Les autorités de la ville, le ministère des Affaires sociales, ainsi que les autorités parlementaires, judiciaires ou policières, restent indifférents face à ce phénomène inquiétant.

Dans la plupart des communes de Kinshasa, les mêmes spectacles se répètent. Des jeunes enfants, des femmes avec bébés, des personnes se disant handicapées ou malades jonchent les rues, avenues et grands carrefours. Derrière ces apparences, plusieurs groupes organisent et contrôlent les zones de mendicité. Ils déposent les mendiants le matin, passent vérifier leur rendement et reviennent récupérer une partie de l’argent à un moment de la journée.

« Je viens de Kintambo. Une amie m’a dit qu’à Kintambo Magasin, je pouvais faire 30 000 FC ou même plus par jour. Au début, j’avais honte. Après, j’ai essayé », confie Christelle, une jeune fille à peine âgée de 16 ans.

Christelle explique sa première journée, puis raconte la rencontre qui a changé sa vie :
« Papa Roger est venue vers moi. Elle m’a dit : “Tu perds ton temps. Si tu veux que ça marche, laisse-moi t’aider.” Elle m’a proposé un meilleur emplacement, à condition que je lui donne 40 % de ce que je gagne. »

Quelques jours plus tard, un homme — le superviseur du secteur — vient compléter ces instructions : « Il m’a dit comment me tenir, il m’a montré la posture et la mimique à avoir pour attirer la sympathie des gens. Il me répétait : “Regarde les gens, choisis ceux qui ont pitié. Et surtout, ne parle pas aux cireurs là-bas, à quelques mètres. Ce sont des garçons, ils vont te distraire, et ici chaque minute compte.” »

Selon Christelle, les superviseurs surveillent tout : combien de temps elle s’approche des gens, combien de temps elle reste debout. Et d’ajouter : « Quand il revient, je dois lui dire ce que j’ai déjà récolté et il peut récupérer la somme. »

Mais malgré sa nouvelle « profession », Christelle reste une adolescente : « Parfois je veux arrêter. J’aimerais apprendre un métier. Mais quand je vois que je peux ramener de quoi nourrir ma famille… je ne sais pas comment faire autrement », dit-elle d’une voix tremblante.

Tout comme Christelle, de nombreux adolescents vivent la même situation. Ils débutent seuls, puis sont recrutés dans un réseau. Les chefs des organisations imposent des règles strictes (horaires, zones de travail, discours à tenir, posture…). Ils vivent dans la peur, car s’ils n’amènent pas assez, ils peuvent perdre tout, voire être bannis des zones contrôlées par les maîtres de la rue.

Certains mendiants le font réellement pour survivre. Mais pour d’autres, tels que Christelle, la mendicité se transforme en un piège difficile à quitter. Ils sont à la merci de personnes sans scrupule, privés de scolarité et exposés à la violence.

Bin Saleh

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Edité par

Elie Ngandu est un journaliste congolais travaillant depuis plus de trois ans pour le média en ligne lisapo.info à Kinshasa.

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