La Francophonie aura son nouveau secrétaire général à l’issue de l’élection qui doit se tenir les 15 et 16 novembre 2026, lors du XXᵉ Sommet qui se tiendra au Cambodge, dans les villes de Phnom Penh et Siem Reap.
La Rwandaise Louise Mushikiwabo, dont le deuxième mandat arrive à échéance à cette date, vient d’annoncer sa candidature pour un 3ᵉ mandat. Contre l’avis, sans surprise, de la RDC, en conflit diplomatique avec son pays d’origine, le Rwanda. Ce dernier vient d’admettre ouvertement son soutien aux rebelles de l’AFC/M23 après plusieurs mois de refus.
Ainsi déterminée à faire tourner la page de Louise Mushikiwabo, en poste depuis 2019, la RDC vient d’annoncer, à travers son gouvernement, qu’elle se porte candidate au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). La nouvelle est confirmée par le speaker de l’exécutif national, le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, à l’issue du Conseil des ministres de ce vendredi 30 janvier 2026.
Pour beaucoup de Congolais, c’est une bonne nouvelle de voir leur pays se décider à reprendre sa place dans le concert des nations ayant en commun la langue française. Un fauteuil qui lui reviendrait de façon légitime, compte tenu de son influence et de son poids au sein de cette organisation créée en 1970 sous l’appellation d’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) d’abord, et Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en 1997 ensuite. Deuxième plus grand pays avec plus de 51 millions de locuteurs selon les dernières estimations de l’Observatoire de la langue française, juste derrière la France avec ses 66 millions et loin devant le Rwanda avec ses quelques 800 000 à 1 000 000 de personnes.
Alors, postuler oui, mais pour quelle mission ? Telle est la grande question. Car c’est le sujet qui est sur la bouche de tous les passionnés de la géopolitique de l’espace francophone en Afrique. Surtout au regard de l’actualité politique brûlante en Afrique centrale, exacerbée par la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC et le soutien affirmé du Rwanda aux rebelles de l’AFC/M23.
Si pour les uns la RDC doit prendre la tête de la Francophonie pour influencer davantage l’opinion internationale sur la situation qui prévaut dans sa partie orientale, pour d’autres, il faudrait aussi songer au profil à mettre en avant. Quelqu’un qui serait capable d’imposer la dynamique de la paix au sein de cette organisation, en positionnant l’organisation pour prévenir surtout les conflits, accompagner les processus électoraux et promouvoir l’État de droit au sein de l’espace francophone, tel que le stipule sa deuxième mission prioritaire.
Car à ce jour, malgré la dégradation de la situation sécuritaire sur fond de crise humanitaire dans cette partie, l’Organisation internationale de la Francophonie, avec Louise Mushikiwabo, n’a pris aucune sanction formelle (telle qu’une suspension) contre le Rwanda, ni condamné ne serait-ce que la situation dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), alors que l’OIF est censée œuvrer pour un climat de paix au sein de l’espace francophone. C’est ainsi que d’autres, encore plus prudents, estiment qu’il serait très inutile de postuler sans un projet concret de promotion de la culture de paix.
D’autres encore se penchent sur la question du profil. Qui doit incarner le visage de la RDC, pays épris de paix mais capable de se lever contre les États voyous ? Malgré les annonces éparses d’ambitions, dont celle de l’ancien président du Comité national des Jeux de la Francophonie, la question mérite, selon des experts, une réflexion sérieuse du gouvernement congolais, car la RDC ne doit pas seulement gagner un fauteuil, mais imposer une vision.
En attendant, il sied de noter que le secrétaire général de l’OIF est élu par les chefs d’État et de gouvernement pour un mandat de quatre ans, renouvelable. Il a pour mission de conduire l’action politique de l’organisation, la représenter et animer la coopération multilatérale.
Bahati Kasindi

