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Alassane Ouattara solidifie l'Afrique des «papas présidents à vie»

Alasane Dramane Ouattara se lance dans la course pour un troisième mandat présidentiel après ceux obtenus en 2010 et 2015. ADO a pratiquement été contraint de mouiller à nouveau sa chemise après la mort de son dauphin désigné et premier ministre Amadou Gon Coulibaly.

78 ans, vieux routier de la politique ivoirienne, ADO fut premier ministre sous Houphouët Boigny de 1990 à 1993. Le voilà qui se lance dans la course alors qu’il avait déclaré vouloir se retirer pour propulser la jeunesse. Le destin a voulu que la mort de son quasi «fils héritier» plonge le RHDP, son parti, dans l’embarras et le désarroi. ADO devenait ainsi pour ses fans le «sauveur de l’humanité». Cette nouvelle aventure politique, la troisième, jugée illégale par l’opposition, n’a été possible que sous couvert de la modification de la constitution en 2016. Pour le RHDP, le compteur des mandats présidentiels pour ADO a été remis à zéro.

Quelles que soient les raisons supposées ou vraies de cette nouvelle candidature, la Côte d’Ivoire se positionne comme une petite République bananière où le président, monarque non assumé, dicte sa loi à «son» peuple, organise le tripatouillage de la constitution, envoie ses opposants en exil forcé et les met hors course via des condamnations par une justice aux ordres.

ADO a beau être un bâtisseur, comme son mentor Houphouët Boigny, il vient, avec cette candidature de trop, démontrer que l’Afrique des papas et des dinosaures a encore de beaux jours devant lui. Reclus dans sa ferme de Kingakati, Joseph Kabila serait même plus démocrate que tous ces viellards présidents africains, qui n’envisagent nullement d’être nommés «anciens présidents» et dont l’ambition affichée ou cachée est de mourir au pouvoir, tels des présidents à vie.

Des dinosaures en puissance

L’Afrique est remplie de présidents aux ambitions monarchiques. Ils sont là, inamovibles. Leurs peuples leur doivent tout. D’où cette propension à vouloir s’éterniser au pouvoir.

Parmi eux, Yoweri Museveni en Ouganda. 76 ans d’âge ; au pouvoir depuis janvier 1986 à la faveur d’un coup d’État, soit 34 ans déjà. Élu au suffrage universel en mai 1996, puis réélu en 2001, 2006, 2011 et 2016, il compte briguer un sixième mandat en 2021. Grâce à une réforme constitutionnelle controversée, il a réussi à faire sauter le verrou de la limite d’âge fixée jusqu’alors à 75 ans. Il est donc prêt pour un nouveau mandat dans une élection dont l’issue est connue d’avance.

Paul Biya est, lui, au pouvoir depuis novembre 1982 pour achever le mandat de Amadou Ahidjo dont il a été premier ministre de 1975 à 1982. Âgé de 87 ans, il a été élu en 1984, puis réélu deja à six reprises ( 1988, 1992, 1997, 2004, 2011, 2018) et sera certainement candidat en 2025, si Dieu lui prête vie.

Un autre dinosaure, c’est Teodoro Obiang Nguema, 78 ans, président de Guinée Équatoriale depuis août 1979. Élu «démocratiquement» en 1989, il a été réélu en 1996, 2002, 2009 puis 2016. Il sera sans doute candidat à sa propre succession en 2023.

Plus près de nous au Congo Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, 76 ans d’âge, est arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup de force camouflé en1979. Après 13 ans, il perdra les élections post-conférence nationale en 1992 contre Pascal Lissouba, mais reviendra au pouvoir, par la force, en 1997. Il a élu en 2009, puis réélu en 2016. Il sera sans conteste candidat à sa propre succession en 2023.

Au Tchad, Idriss Déby Itno, 68 ans d’âge, est au pouvoir depuis le 4 décembre 1990 à la faveur d’un coup d’État. Élu enfin en 1996, il a été réélu en 2001, 2006, 2011 et 2016. L’année prochaine, il sera certainement candidat à sa succession.

Au Rwanda, Paul Kagame, 62 ans, a été vice-président et ministre de la défense de 1994 à 2000, année au cours de laquelle il est élu président par le parlement. Il est élu au suffrage universel direct en 2003, puis réélu en 2010 et 2017. La constitution taillée à sa mesure lui donne la possibilité de se représenter jusqu’en 2037.

En Guinée, Alpha Condé est sur les traces de Alassane Ouattara. 82 ans d’âge, Alpha Condé est au pouvoir depuis 2010. Il a été réélu en 2015, mais le tripatouillage de la constitution lui permettrait de briguer un nouveau mandat, un troisième selon l’opposition ou plutôt un premier selon lui, en 2020.

On ne peut passer en revue l’Afrique des «papies» sans citer le dictateur Isaias Afeworki, qui règne sur l’Erythrée depuis son indépendance le 24 mai 1993. Âgé de 74 ans, Afeworki n’a jamais organisé une seule élection démocratique dans son pays.

Ces «papas» à la tête de nombreux pays africains se considèrent comme incontournables. Sans eux, leurs pays seraient, selon eux, disloqués.
En termes de développement, on est pourtant loin du compte.

N’tombo Lukuti

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