Bemba, Katumbi, Fayulu, Muzito: unité de façade dans Lamuka

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Ils étaient huit lors de la signature de l’accord de Genève créant la plateforme Lamuka peu avant l’élection présidentielle du 30 décembre 2018.

Aujourd’hui, ils ne sont plus que quatre, mais ils tiennent apparemment le coup ou font semblant d’être encore ensemble sans l’être réellement. Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe n’avaient pas tenu une semaine pour quitter la barque. Ils ont créé leur propre plateforme, Cap pour le changement (CACH), dont l’acte de naissance a été établi à Nairobi au Kenya.

Depuis, que des bouleversements. Que de dissensions. D’autres départs aussi. Mbusa Nyamuisi a pris le large pour « aider le président de la République à combattre l’insécurité au Nord-Kivu et lutter contre la maladie à virus Ebola ». Il y a  quelques jours, Freddy Matungulu a, lui aussi, quitté la barque après avoir été nommé administrateur à la Banque africaine de développement (BAD) avec le soutien appuyé de Félix Tshisekedi. Aujourd’hui, il ne reste plus dans Lamuka que Jean-Pierre Bemba, Moïse Katumbi, Adolphe Muzito et Martin Fayulu.

Après l’ancien gouverneur du Katanga, la coordination tournante revient, depuis ce mardi 30 juillet 2019, au leader du MLC et ce, pour trois mois.
Le « Chairman » a la lourde responsabilité de stabiliser d’abord cette plateforme qui tangue tant. Après les échanges peu courtois entre Martin Fayulu via son interview au journal français Le Monde et l’entourage de Moïse Katumbi, Lamuka a besoin de se redéfinir. Entre une opposition « républicaine » prônée par Moïse Katumbi et une autre plus vindicative pour ne pas dire radicale recherchant la « vérité des urnes » incarnée par le duo Adolphe Muzito et Martin Fayulu, Jean-Pierre Bemba devra imprimer sa marque. Il devra aussi être plus présent sur la scène politique où les sujets polémiques ne manquent pas alors que la coordination Katumbi a plutôt été attentiste, discrète.

Tout porte à croire que face à ses propres partenaires politiques dont Gabriel Kyungu, visiblement engagé dans la recherche d’un deal avec CACH, Moïse Katumbi avait choisi de faire de son mandat à la tête de Lamuka une sorte de round d’observation. Jean-Pierre Bemba qui s’est lancé dans une vaste opération de redynamisation des activités de son propre parti, n’aura pas non plus tout son temps pour assurer la coordination des activités de Lamuka. Même s’il répète à l’envie que « Lamuka est un état d’esprit » et que donc « il ne mourra pas», force est de reconnaître qu’il ne lui sera pas facile de concilier les thèses et méthodes soft de Moïse Katumbi et celles plus belliqueuses de Martin Fayulu, même s’il se montre un peu moins pugnace depuis peu sans toutefois abandonner la rengaine de la « vérité des urnes ».

Quoi qu’il en soit, les quatre derniers des ” Mohicans ” de la tribu Lamuka ont intérêt à avoir une structure à même de porter leur voix. Reste à savoir si chacun ne cherche pas d’abord à consolider sa zone de confort avant d’aller plus loin avec ce Lamuka qui pèse un peu trop lourd pour certains. Le «grand Katanga» pour Moïse Katumbi et le «grand Équateur» et Kinshasa pour Jean-Pierre Bemba tandis que le duo Fayulu – Muzito se positionne dans le « grand Bandundu » et Kinshasa sont là des zones de confort pour ces leaders qui affichent, malgré eux, une unité de façade.

Déjà se profile à l’horizon la question de désignation du porte-parole de l’opposition, qui ne manquera pas de secouer davantage le navire qui pourrait alors prendre l’eau de toutes parts et pourquoi pas chavirer. La bataille entre Moïse Katumbi, dont les affidés revendiquent ce poste honorifique pour lui au regard du nombre de ses parlementaires, et Martin Fayulu fort de sa « victoire volée » à la présidentielle, sera rude. Si Lamuka traverse sans encombres cette étape, ses leaders devraient être considérés comme des héros.

Mona Kumbu

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