FCC-CACH : coalition de droit, cohabitation de fait

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Le scénario de cohabitation tant redouté au terme des élections du 30 décembre 2018  ayant vu le CACH remporter la présidentielle et le FCC les législatives, semble difficile à éviter dans la pratique. Le dessein avoué de l’accord de coalition qui a donné naissance, dans la douleur, au gouvernement Ilunkamba était d’échapper aux crises institutionnelles. Plus d’une année après, le mayonnaise a difficile à prendre.   

Lier la théorie à la pratique n’est pas une sinécure. Les vieux démons de la confrontation hantent en constamment ce partenariat « contre-nature », pour certains observateurs depuis le début de la troisième législature de la Troisième République.  Le dernier épisode est cette polémique autour de la conformité de l’ordonnance sur l’état d’urgence sanitaire signée le 24 mars par le président de la République.  

La sortie médiatique samedi dernier d’Alexis Thambwe Mwamba sur les ondes de Top Congo annonçant la tenue d’un congrès pour donner à cet état d’urgence « de fait » une dimension de « droit » n’a pas du tout plu aux Tshisekedistes qui y ont vu une nouvelle  manière subtile de tancer le président de la République. L’intraitable premier vice-président de l’Assemblée nationale et président intérimaire de l’UDPS, Jean-Marc Kabund, n’hésitera pas à dénoncer une « démarche spécieuse qui tend à assener un coup à l’institution Président de la République ». Il est passé le lendemain sur la même antenne radio pour dire non à la tenue d’un congrès, pendant que le président du Sénat prenait des dispositions pratiques dont la désinfection du Palais du peuple. Finalement, la Cour constitutionnelle a du trancher pour la conformité de l’ordonnance du chef de l’Etat.    

Kabila et Fatshi tour à tour sapeurs-pompiers

Avril 2019, lors de sa première visite à Washington, il aura fallu à Félix Tshisekedi de jurer, main sur le cœur, qu’il va « déboulonner l’ancien système » pour provoquer un véritable tsunami à Kinshasa chez les partenaires du FCC. Illico, le coordonnateur Néhémie Mulanya va signer un communiqué d’indignation.

Depuis une année, l’ordonnance du chef de l’Etat nommant les mandataires à la SNCC (Société nationale  de chemin de fer du Congo) et à la Gecamines n’ont jamais été appliquées, simplement parce que ne rencontrant pas l’assentiment du FCC. Du haut de la tribune de la salle de plénière du Palais du Peuple, le député PPRD Charles Nawej affirmera que le président a signé ces ordonnances par « ignorance ». Encore un mot de trop qui avait réveillé l’hystérie des combattants de l’UDPS. Une descente punitive au Palais du peuple et certains députés en payeront de leur intégrité physique. 

Jeanine Mabunda, Président de l’Assemblée Nationale

Janvier 2020, Jeanine Mabunda sera molestée verbalement sur les réseaux sociaux par les pro-Tshisekedi après avoir opposé les dispositions constitutionnelles de destitution du chef de l’Etat à la menace de Félix-Antoine Tshisekedi, devant la communauté congolaise à Londres, de dissoudre l’Assemblée nationale si les membres du FCC dans le gouvernement continuaient à compromettre ses actions. 

Quand d’un côté, Emmanuel Shadary, secrétaire permanent du PPRD menace de « paralyser le pays » si on touchait à un seul cheveu d’Albert Yuma, le très puissant PCA de la Gécamines cité dans une affaire d’utilisation de 200 millions de dollars, la réponse de l’UDPS ne se fait pas attendre. Les premiers à dégainer du côté CACH sont Augustin Kabuya, secrétaire général et Jean-Marc Kabund le « maître  nageur », surnom qu’on lui colle depuis qu’il a, menaçant,  lâché : « Il ne faudrait pas que certains apprennent à nager nuitamment sur le fleuve Congo ». 

Par la suite, le dauphin de Joseph Kabila connaîtra par la suite une série d’humiliations : déguerpi de sa résidence de la Gombe pour des problèmes de titre immobilier et débarqué de l’avion à l’aéroport de N’djili pour détention d’un passeport diplomatique sans qualité. 

Je t’aime moi non plus

La mort mystérieuse du général Delphin Kahimbi, chef des renseignements militaires, le 28 février 2020 à son domicile, un jour après son audition au Conseil national de sécurité dans une affaire présumée de trafic d’armes en faveur de l’ancien président et de mise en écoute de l’entourage de Félix Tshisekedi, a aussi donné l’occasion aux membres du FCC d’indexer l’actuel président, accusé à tort ou à raison, d’agir sous la coupe des Américains qui veulent la tête de certains hauts officiers congolais sous sanction internationale.   

La vérité reste jusque-là têtue : l’on vit une coalition de droit puisque l’accord FCC-CACH n’est pas encore déchiré. Mais une cohabitation de fait caractérisé par des réelles difficultés à transcender les antagonismes exacerbés. Même au sein de la plateforme CACH, l’UDPS et l’UNC sont au bord de la rupture, après la mise en détention provisoire de Vital Kamerhe dans l’affaire de gestion des fonds du programme d’urgence de cent jours. D’ici 2023, des cartes seront immanquablement redistribuées dans la sphère politique nationale. 

SN 

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