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La MONUSCO complice d’une arnaque à grande échelle 

Il y a des scandales qui devraient faire trembler les murs des institutions. Celui qui frappe actuellement les assistants linguistiques de la MONUSCO en fait partie. Pourtant, le silence demeure. Un silence coupable qui fait le jeu d’une exploitation éhontée orchestrée par CTG, cette société que personne ne connaissait il y a encore quelques mois et qui aujourd’hui rançonne tranquillement des dizaines de professionnels congolais.

Committed To God. Le nom sonne comme une bénédiction. La réalité ressemble à une malédiction. Depuis que cette entreprise a hérité du contrat de gestion du personnel linguistique, c’est la descente aux enfers pour ceux qui ont passé près de vingt ans à servir fidèlement la mission onusienne. Ils croyaient quitter l’UNOPS pour une situation meilleure. Ils se sont retrouvés dans un piège.

Parlons chiffres. Un contrat signé pour 2100 dollars mensuels. Premier versement en octobre pour le mois de septembre, déjà en retard de deux semaines. Et là, surprise : le compte affiche 150 dollars de moins que prévu. Sans explication. Sans justification. Juste un manque à gagner qui plonge des familles entières dans l’angoisse. Michel P. un retard dans certains de ses projets. Il redoute l’expulsion de ses enfants de l’école et celle de sa famille de son logement. Son témoignage glace : “Je vis une situation humiliante. C’est impensable et criminel.”

CTG botte en touche avec l’excuse des frais bancaires internationaux. Ils promettent de corriger le tir pour octobre, jurent que les paiements interviendront désormais le 5 de chaque mois au plus tard. Mensonges. En novembre, toujours rien. À la place, on demande aux interprètes de suivre des formations express et de rendre des certificats en 48 heures. La diversion classique : les occuper pour qu’ils ne réclament pas leur dû.

Mais le summum de l’arnaque se produit le 7 novembre. Dans un groupe WhatsApp contrôlé par CTG où les employés n’ont pas le droit de s’exprimer, un message annonce la solution aux problèmes bancaires : retrait en agence Ecobank ou paiement via mobile money. Et là, la promesse formelle : vous recevrez votre salaire “en intégralité”.

Mensonge éhonté. Les salaires arrivent amputés de 341 à 500 dollars selon les cas. Une femme découvre 500 dollars évaporés. Un homme du Nord-Kivu constate un trou de 341 dollars. À Kinshasa, même tragédie. Ceux qui osent demander des comptes essuient des réponses embarrassées, des bégaiements, du vent.

Le 11 novembre, nouveau tour de passe-passe. Un message depuis Chypre évoque soudain les “obligations légales” en RDC. CTG se découvre une conscience fiscale et sociale : CNSS, ONEM, INPP, IPR, tout y passe. Sauf que nulle part n’apparaissent les montants exacts, les pourcentages appliqués, les bases de calcul. Les bulletins de paie promis pour septembre et octobre ? Jamais envoyés. La transparence annoncée ? Inexistante.

Ces retenues invoquées ne sont que prétextes à ponctions arbitraires. Si CTG voulait vraiment respecter la loi congolaise, elle fournirait des bulletins détaillés avant chaque paiement, préciserait chaque déduction, documenterait chaque prélèvement. Au lieu de cela, c’est le brouillard total. Une opacité qui ressemble fort à de la malhonnêteté institutionnalisée.

Les victimes sont formelles : “Nous sommes convaincus que CTG nous escroquent. Cette nébuleuse n’était pas prête à gérer une main-d’œuvre des Nations Unies.” Difficile de leur donner tort.

Mais pointons le vrai responsable : la MONUSCO. C’est sa branche Contract Management qui a choisi CTG. C’est elle qui a confié ces travailleurs à une société manifestement incompétente ou malhonnête, peut-être les deux. La mission onusienne ne peut pas se défausser. Elle doit rendre des comptes. Elle doit expliquer pourquoi elle a laissé ses collaborateurs de longue date tomber entre des mains aussi peu scrupuleuses. Elle doit revoir immédiatement son protocole avec CTG et, si nécessaire, rompre ce partenariat toxique.

Et le gouvernement congolais ? Combien de temps va-t-il regarder ailleurs pendant qu’une entreprise étrangère dépouille des citoyens congolais en pleine lumière ? C’est sur le sol congolais que cette exploitation se déroule. C’est du droit du travail congolais qu’il s’agit. Les autorités ont le devoir d’intervenir, d’inspecter les pratiques de CTG, de protéger leurs compatriotes. Toute inaction devient complicité.

Vingt ans de service loyaux ne méritent pas cette fin misérable. Ces interprètes-traducteurs contribuent au fonctionnement d’une mission censée défendre la paix et la justice. Ils se retrouvent victimes d’injustice et spoliés de leur paix. L’ironie est cruelle. Le scandale est patent. Les responsabilités doivent être établies et les coupables sanctionnés.

La rédaction

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Edité par

Elie Ngandu est un journaliste congolais travaillant depuis plus de trois ans pour le média en ligne lisapo.info à Kinshasa.

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