La ville de Mwene-Ditu est au cœur d’une vive controverse depuis la fermeture forcée de la Radio Nsenda Muana (RSM), une station communautaire qui émettait à 230 kilomètres de Kabinda, chef-lieu de la province de la Lomami.
Le maire Gérard Tshibanda Kabwe a signé, le 29 juillet 2025, un arrêté ordonnant la fermeture à titre conservatoire de la radio. Il accuse le média d’« incitation à l’incivisme fiscal et à la haine tribale ». Cependant, l’arrêté ne mentionne aucun contenu ou émission précis à l’origine de cette décision.
Les responsables de la radio ont contesté la mesure et poursuivi leurs émissions, estimant que la procédure n’était ni régulière, ni fondée. Deux jours plus tard, le 31 juillet en début d’après-midi, la police est intervenue.
Des agents armés ont investi la concession de la station pendant la présentation du journal parlé. Ils ont coupé l’antenne, évacué les journalistes et scellé les locaux.
Trois professionnels des médias ont été arrêtés : Clovis Kaseba, directeur des programmes, ainsi qu’Albin Mukadi et Prince Lulamba, tous deux journalistes. Ils ont été conduits au commissariat urbain, mis au cachot, puis verbalisés. L’officier de police judiciaire les a accusés d’outrage à l’autorité et de rébellion.
La réaction du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) ne s’est pas fait attendre. Le coordonnateur provincial au Kasaï Oriental, Ghislain Banza Kamuela, a dénoncé l’implication de son institution dans cette affaire sans consultation préalable.
« Nous fustigeons donc cette manière de faire et exigeons réparation, pour l’honneur du CSAC qui a toujours une procédure à suivre pour un cas comme celui-ci », a-t-il écrit dans une lettre officielle.
Le CSAC annonce aussi l’envoi imminent d’une commission de monitoring à Mwene-Ditu pour examiner la situation sur le terrain avant toute décision définitive.
De son côté, l’Observatoire de la Liberté de la Presse en Afrique (OLPA) a publié un communiqué dans lequel il qualifie la mesure du maire d’« excessive ». L’ONG estime que cette fermeture viole la législation congolaise ainsi que les textes internationaux qui protègent la liberté d’expression.
OLPA exige la réouverture immédiate de la Radio Nsenda Muana et la libération sans condition des journalistes interpellés. Pour l’organisation, il s’agit d’une atteinte grave au droit d’informer et d’être informé.
Elie Ngandu


