“Notre réseau de journalistes veut démystifier les questions liées à la santé sexuelle et reproductive” (Bibiche Mbete, Coordinatrice du RJSSR)

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Le Réseau des Journalistes pour la Santé Sexuelle et Reproductive (RJSSR) a fêté l’an I de son existence le 15 juin dernier. Pour cela, Lisapo.info revient sur les raisons qui ont conduit à sa création avec sa Coordinatrice, Mme Bibiche Mbete.

Lisapo : Pourquoi avoir créer ce réseau ?

Mme Bibiche Mbete : C’est une initiative collective. En effet, à l’issue d’une formation sur les différentes thématiques de la santé sexuelle et reproductive, nous avons eu l’idée, avec plusieurs autres journalistes, de monter un réseau pour vulgariser les informations importantes sur ces questions. Cette formation portait essentiellement sur le protocole de Maputo qui a conduit à une session de clarification des valeurs auprès des journalistes sur ces questions notamment celle liée à l’avortement.

Mais de manière individuelle et personnelle, cela fait plusieurs années que les questions de la santé sexuelle et reproductive m’intéressent. Je suis congolaise, je suis femme, j’évolue dans une société et je vois tous les problèmes liés à la santé sexuelle et reproductive dans notre société. J’ai des frères et sœurs victimes du vih. J’ai connu des sœurs décédées de suite d’avortements clandestins. Je connais des femmes, des amis, des sœurs qui ont perdu la vie des suites d’accouchements. Bref, ces problèmes sont réels et nous environnent. En tant que journaliste, je ne pouvais rester indifférente.

Lisapo : Comment comptez-vous y prendre pour faire passer ce message là, sur les questions de santé sexuelle et reproductive ?

Mme Bibiche Mbete : En tant que journalistes, nous avons une arme que nous utilisons c’est notre micro et plus largement nos médias. Nous utilisons nos différents supports pour parler davantage de ces questions. Parce que nous vivons dans un contexte où les questions liées à la santé sexuelle et reproductive sont des questions tabous.

Avec nos constructions culturelles, il y a des sensibilités qui entourent ces questions. Les gens en parlent peu et pose peu ou rarement de questions. Les populations ont besoin d’être informé sur ces sujets. En tant que journaliste, nous voulons démystifier certaines questions par rapport à la santé sexuelle et reproductive. Car, la santé sexuelle et reproductive, c’est tout simplement le bon usage des nos organes génitaux.

Nous voulons créer, susciter des débats et des discussions autour de ces questions. Peu importe que cela soit gênant. Car, il s’agit d’une question de vie ou de mort. Si, les gens ne savent pas comment le vih se transmet, ils vont l’attraper. Par exemple, dès qu’une femme débute une grossesse, elle doit comprendre l’importance des consultations prénatales. Il y a encore beaucoup de mysticismes autour d’une grossesse qui mettent en danger la mère et l’enfant à naître.

Lisapo : Vous avez mis un accent sur ces questions dites tabous. Comment parvenez-vous à les traiter en tant que journaliste ?

Mme Bibiche Mbete : Primo, en tant que journaliste, nous avons besoin d’apprendre à communiquer. On  ne peut pas et ne doit pas choquer ceux qui nous suivent. Nous devons communiquer de manière méthodologique. Nous avons besoin de montrer au public des évidences sur ces problèmes de santé sexuelle et reproductive. Nous travaillons avec d’autres organisations de la société civile qui sont sur le terrain, des organisations humanitaires spécialisées. Parce que nous pouvons exploiter les études et les recherches qu’ils produisent. Nous obtenons donc, d’eux, des éléments factuels et chiffrés pour améliorer le contenu de nos informations à diffuser.

Parmi nos stratégies, nous organisons aussi des tribunes d’expressions populaire ou nous mettons la population par exemple face aux autorités. La population s’exprime et nous alimentons ces échanges avec nos questions liées à la santé sexuelle et reproductive. Car, nous avons constaté que plusieurs problèmes liés à la santé sexuelle et reproductive résultent du mode de vie des gens.

Dans certains quartiers de Kinshasa, les gens nous expliquent qu’à cause du manque d’électricité, il fait complètement noir très tôt. Cette situation est à l’origine de nombreuses agressions sexuelles. Aussi, la pénurie en eau dans certains quartiers expose également les filles et femmes aux agressions sexuelles. Car, elles sont obligées d’aller chercher de l’eau très tôt et loin de leurs habitations.

Nous avons aussi l’ambition de participer à l’éducation complète à la sexualité de nos populations.

Lisapo : C’est quoi alors l’éducation complète à la sexualité ?

Mme Bibiche Mbete : Sans être experte en la matière l’éducation complète à la sexualité est celle qui apprend à un élève d’abord le fonctionnement et les caractéristiques de son corps, en tant que fille ou garçon. Elle lui apprend également les besoins chacun en tant que personne et membre d’un communauté. Elle renseigne aussi sur les différentes interactions entre être humain sur le plan biologique et le milieu qui l’entoure.

Cette éducation responsabilise l’élève et l’outille pour comprendre les évolutions de son corps afin de faire des choix éclairés et responsables par rapport à sa vie.

Lisapo : Ce réseau réunit uniquement des journalistes de Kinshasa ?

Mme Bibiche Mbete : Non. le RJSSR réunit les journalistes de la RDC. D’ailleurs, Kinshasa ne reflète pas toute la réalité de la République Démocratique du Congo. Nous avons associé nos confrères et consoeurs des autres provinces.

Nous avons l’intention de mettre en lumière le travail qui se fait en province. Il y a beaucoup d’acteurs qui travaillent dans ce pays mais leurs réalisations ne sont pas médiatisées. Nous ambitionnons de mettre en lumière tout cela.

Nous voulons aussi mettre un accent sur la question du droit dans ce secteur. La République Démocratique du Congo a ratifiée beaucoup de conventions et pris beaucoup d’engagement sur le plan national ou international. Mais, la majorité de la population ne le sait pas parce ces engagements sont très peu vulgarisés.

Nous, en tant que journaliste spécialiste de la santé sexuelle et reproductive, nous voulons y remédier. Par exemple, vulgariser le code de la famille révisé modifié qui est très riche et qui protège la femme. Il y a aussi le protocole de Maputo relative aux droits des femmes. C’est un instrument juridique très riche par rapport aux droits des femmes. Mais comme le protocole de Maputu, il est très peu connu.

Propos recueillis par Bobo

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