RDC : Abat la République des « ressortissants de… »

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Rencontre des Anamongo de l’UDPS (Photo Tiers)

« Nous… ressortissants de… demandons au chef de l’Etat de… » ; « Nous… ressortissants de… condamnons…». Il n’y a pas un jour sans qu’on entende de telles phrases dans les médias congolais, surtout sur les antennes de la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC) depuis l’arrivée aux affaires d’un nouveau pouvoir en République Démocratique du Congo (RDC). 

Il suffit qu’une personne passe dans les médias pour contredire des tenants du pouvoir actuel ou que quelqu’un s’attaque aux tenants du régime tombé le 30 décembre 2018 pour qu’on assiste à un interminable défilé des groupes tribaux pour défendre leur « frère » avec la formule magique : « Nous… ressortissants de… ». Cette dernière formule est également utilisée par ceux qui, au nom de leur tribu, leur territoire, leur district, leur province… viennent soutenir un ressortissant de leur coin qui convoite tel ou tel autre poste. 

Comme sous le régime mis à l’écart après les élections présidentielle et législatives nationales et provinciales du 30 décembre 2018, des associations à caractère tribal naissent comme des champignons dans le firmament politique congolais. Certaines personnes poussent même le bouchon un peu loin pour mettre en place des structures portant les noms des personnalités politiques promues depuis la prise du pouvoir par Félix-Antoine Tshisekedi.

Et pourtant, pendant la campagne électorale tous les candidats à la présidentielle avaient un seul discours partout où ils passaient : renforcer l’unité nationale. Mais sur terrain, on note que chaque tribu, chaque province semble jouer sa partition. Ce vendredi 3 mai, c’est un compatriote qui prenait la parole pour promettre le soutien de tous les « Anamongo » de la RDC au nouveau chef de l’Etat. A-t-il obtenu le quitus de tous les Anamongo pour les engager ?  

Cette pratique est très prononcée à l’issue des nominations ou élections. C’est chaque groupe ethnique qui s’organise pour « fêter son fils » nommer à tel poste. Cet esprit de s’appartenir à une province se traduit dans la manière dont travaillent, par exemple, la plupart des ministres.  Un ressortissant de l’ex-Bandundu nommé ministre de la Santé n’a d’yeux et des oreilles que pour des problèmes venus de son coin. 

Je crois qu’on peut étaler tous les méfaits du régime de feu maréchal Mobutu, l’homme à la toque de léopard fut un grand défenseur de  l’unité nationale. L’histoire politique de notre pays renseigne qu’il y a eu en RDC, des gouverneurs « déifiés » loin de leurs provinces d’origine. Nzuzi wa Mbombo venue du Kasaï est restée « reine » au Kongo central. Konde Vila Kikanda, venu du lointain Bas-Fleuve a même été élu député au Nord-Kivu en 2011…

Dans son discours d’investiture prononcé le 24 janvier dernier, le chef de l’Etat congolais, Félix-Antoine Tshisekedi, avait promis de bâtir un Congo fort au cœur de l’Afrique. Si le 5ème Président de la RDC veut voir son rêve de bâtir un pays réellement fort devenir une réalité, il doit refuser de voir derrière lui un peuple qui ne pense pas village, un peuple qui ne pense pas secteur, un peuple qui ne pense pas territoire, un peuple qui ne pense pas district, il doit plutôt avoir un peuple qui pense « Congo ». 

Pour ce faire, il devra, par exemple, penser, dans l’architecture de son gouvernement, à la nomination d’un ministre chargé de l’Intégration nationale. Car, en lieu et en place de l’unité nationale, le Congolais semble se replier sur sa tribu, sa province… Les conséquences de cette façon de voir les choses est que la plupart de cabinets ministériels ne sont constitués que des personnes issues d’un même village, sinon d’un même secteur ou alors d’une même province.  

Journaliste, je n’ai jamais vu, par exemple, un acteur politique français fêté par les « ressortissants de… » parce que nommé ministre. C’est depuis plus de trois mois que le gouvernement français est secoué par des grèves menées par les « gilets jaunes », mais je n’ai jamais vu ou entendu un groupe de gens passé dans les médias pour lire un message du genre : « Nous… ressortissants de… soutenons le président Macron… ».

RKM

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