À Kinshasa, une conviction s’installe : tant que la guerre à l’Est dicte l’agenda, la politique intérieure se joue au rythme des cessez-le-feu et des médiations régionales. Mais si la paix se négocie, elle ne se décrète pas. Et surtout, elle ne se bâtit pas durablement en tournant le dos à l’opposition non armée.
Félix Tshisekedi a déjà expérimenté les deux voies. En mars 2025, il a initié des consultations pour un gouvernement d’union nationale – boycottées par une large partie de l’opposition, qui y a vu une manœuvre de légitimation sans répondant sur la crise sécuritaire et le contentieux électoral. Pourtant, ce geste reconnaissait implicitement que la cohésion interne est une condition de la stabilité externe.
Quelques semaines plus tard, Kinshasa s’est résolu à parler avec les M23, sous facilitation qatarie et pression occidentale. Résultat : une déclaration de principes puis un cessez-le-feu ont été paraphés en juillet 2025 – une première qui desserre l’étau militaire mais ne règle ni la gouvernance des territoires reconquis, ni la place des forces politiques qui contestent le pouvoir. Croire qu’un accord strictement « sécuritaire » suffirait à solder la crise reviendrait à normaliser la logique des armes au détriment des institutions.
Pour le chef de l’État, l’enjeu n’est pas seulement de « faire taire les fusils », mais de refermer les brèches de légitimité ouvertes depuis le scrutin de 2023 et élargies par le débat « explosif » sur d’éventuelles révisions constitutionnelles. Un dialogue interne inclusif, associant opposition non armée, Églises, société civile et provinces, offrirait trois dividendes stratégiques : une meilleure capacité à tenir le calendrier électoral 2028, un mandat national clair pour encadrer la mise en œuvre des accords de sécurité, et un signal de fiabilité aux partenaires internationaux. À l’inverse, un « arrangement » bilatéral avec la seule rébellion créerait un précédent dangereux : il consacrerait l’utilité de la violence comme raccourci politique et reléguerait l’opposition institutionnelle au rang de figurante – avec le risque de la radicaliser.
Certains murmurent un « grand dialogue » repoussé à 2027, à la veille du cycle électoral, comme variable d’ajustement politique. Ce calcul serait à courte vue. D’une part, la CENI a déjà fixé la présidentielle fin décembre 2028 : faire de 2027 un sas de « concertations » sans livrables concrets nourrirait immédiatement la suspicion de glissement – un mot lourd d’histoire en RDC. D’autre part, l’article 220 verrouille l’intangibilité du nombre et de la durée des mandats : jouer avec l’horloge, c’est rallumer les braises qui ont embrasé la rue en 2016.
Le moment est donc à la clarté : consolider la dynamique de cessez‑le‑feu avec le M23, tout en ouvrant sans tarder un cadre national de dialogue sérieux, cadré par des objectifs vérifiables (sécurité, réformes électorales, gouvernance économique …), un calendrier public et une facilitation crédible et inclusif. C’est la seule manière de transformer une accalmie militaire en paix politique – et d’inscrire le mandat Tshisekedi dans autre chose qu’une parenthèse entre deux crises.
LISAPO


