Un « Front » averti en vaut deux

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Fini le suspens. Joseph Kabila, autorité morale du Front commun pour le Congo (FCC) va proposer le nom du formateur du gouvernement de « coalition » que Félix Tshisekedi, président de la République, va nommer.  Ainsi se termine, sans casses, le feuilleton qui aura tenu en haleine la classe politique depuis des semaines.

Fort de sa forte majorité parlementaire, le FCC vient de remporter la première vraie bataille du « partenariat de l’alternance ». Depuis des semaines, il avait fait comprendre au Cap pour le changement (CACH) alliance politique Félix Tshisekedi (UDPS) – Vital Kamerhe (UNC) qu’il ne servait à rien de nommer un informateur pour identifier formellement la majorité présidentielle.

Malgré les réticences du chef de l’Etat et sa volonté de se conformer à la constitution dans la procédure de mise en place du gouvernement, la messe semblait être dite. La dernière rencontre Félix Tshisekedi – Joseph Kabila à la ferme de ce dernier à Kingakati, aura réglé le problème. Néhémie Mwilanya, coordonateur du FCC et Jean Marc Kabund, président intérimaire de l’UDPS, ont formalisé le modus vivendi conclu par Joseph Kabila et Félix Tshisekedi.

On pourrait dire, tout est bien qui finit bien, même si nombre de Congolais ont du mal à intégrer ce deal qui contraint les leaders du FCC et de CACH à arrondir les angles et donc à se voir souvent pour discuter des questions d’importance nationale. Personne ne s’imagine en effet que le nouveau et l’ancien présidents de la République passent leur temps à parler du bon temps ou à se raconter des blagues. Le pays est dans un si mauvais état que les deux hommes sont obligés de faire preuve de responsabilité, de faire jouer leur qualité d’hommes d’Etat. Certes, chacun a son agenda, certainement caché, pour la suite des événements, mais personne ne souhaite voir le pays sombrer dans le chaos, trois mois seulement après les élections.

Quant au président de la République, il est plus que jamais dans l’œil du cyclone et on ne lui trouvera pas indéfiniment des excuses. Oui, il n’a pas les mains totalement libres. Oui, il ne dispose pas d’une majorité au parlement pouvant lui permettre de gouverner à sa guise. Oui, il doit tenir compte de son deal dans le cadre du « partenariat de l’alternance ». Non, il n’est pas totalement dépourvu de pouvoir. En témoignent son programme d’urgence, la prochaine libération des prisonniers dits politiques et d’opinion, le retour des exilés politiques et autres, la mise en route de la décrispation avec l’Union européenne avec en prime la réouverture de la Maison Schengen devenue Centre européen de visas.

Au-delà de tout, il dispose d’une arme efficace, redoutable, fatale : le pouvoir de dissolution de l’assemblée nationale que lui confère l’article 148 de la constitution. Dans une année, il peut exercer ce pouvoir s’il est mis devant le fait accompli ou poussé dans ses derniers retranchements par ses partenaires de l’alternance.

Le FCC est donc prévenu. Il ne doit pas se montrer trop gourmand ni trop arrogant ni trop tirer sur la corde du chantage, sinon la « base » va finir par entonner non seulement « Papa alobaki », mais également passer à autre chose. Et, Félix devra agir, réagir en mode « Yoka base ».

Un « Front » averti en vaut deux.

Mona Kumbu

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