Dur, dur d’être «Wewa» dans les rues de Kinshasa !

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Que c’est dur d’être motocycliste autrement appelé «Wewa» à Kinshasa ! La journée commence tôt le matin. Généralement dès 5 heures du matin et se prolonge jusque assez tard dans la soirée à 20 heures, voire 21 heures.

Abordé par Lisapo, Nelson Tshabu, 30 ans, marié et père de deux enfants explique : « Je commence ma journée vers 5h30’. Je ne suis pas propriétaire de ma moto. Le versement de la journée est fixé à 14.000 FC que je suis obligé de totaliser chaque jour, du lundi à vendredi. Le versement du samedi est considéré comme mon salaire hebdomadaire », a-t-il fait savoir. Il travaille aussi pendant une demi-journée dimanche, à raison de deux dimanches par mois, pour l’entretien de la moto. Lui, se considère comme un «cascadeur» (dans le langage kinois, c’est celui qui se débrouille durement et use de tous les moyens pour gagner sa vie). Il affirme se retrouver tant bien que mal tant que la moto reste en bon état. A en croire Nelson, il lui arrive de se retrouver avec plus de 20.000 à 30.000 FC par jour. Ce qu’il considère comme son argent de poche appelé communément « Mbwengi » (ndlr, nom donné à des petits haricots blancs consommés à Kinshasa). « Nous nous retrouvons grâce aux petites courses en reliant les quartiers d’une même commune. Ce genre de courses nous permettent de nous retrouver financièrement », nous a-t-il expliqué.

Les tracasseries de la police de roulage ainsi que les différentes taxes, le lot quotidien des Wewa (Crédit photo, Nicolas-Patience Basabose)

Que de difficultés !

Malgré les courses dans les quartiers, les motocyclistes n’arrivent pas à satisfaire tous leurs clients. La raison principale de cette situation est l’état délabré des routes. A Kinshasa, presque toutes les routes principales sont foutues. Les artères secondaires sont dans le même état voire même pire. « Cette situation nous empêche de bien travailler », regrette Nelson, un wewa d’une vingtaine d’année. Il ajoute par ailleurs que les tracasseries de la police de roulage ainsi que différentes taxes exigées par l’Etat handicapent également le travail des «wewa». Pour échapper à ces tracasseries, certains n’hésitent pas à tordre le cou au code de la route, qu’ils ne maîtrisent quasiment pas. « L’Etat nous exige d’arrêter le travail à 20 heures, mais pour arriver à couvrir cette multitude de dépenses, une catégorie de motocyclistes vont au-delà de cette heure, et ils sont à la merci de la police », souligne notre interlocuteur.

Affaire contrat

Winner a 35 ans et propriétaire de 2 motos taxi qu’il a données en contrat à 2 jeunes gens. « J’ai accordé un contrat de moto à deux jeunes gens que je connais très bien. Avant de le faire, j’ai mené une petite enquête pour m’assurer que ces jeunes sont dignes de confiance. J’ai dû obtenir leurs adresses. Car, en cas de problème, nous pouvons directement recourir à d’autres stratégies », explique-t-il.

Achetée à 1.000 dollars, la moto est revendue à 1600 dollars avec le système de contrat. Le motocycliste qui dispose d’une petite avance a la possibilité de le consigner. Ce montant peut varier entre 200 et 300 $US. 

Quand la personne qui sollicite le crédit-moto ne dispose pas d’une avance, il est contraint de signer un contrat avec le propriétaire de la moto qui prévoit les modalités de paiement. Avec ce système, le motocycliste verse 150.000 FC tous les 10 jours jusqu’à totaliser le montant convenu, soit 1600 US. En cas de panne, la réparation est à charge du motocycliste lui-même. « C’est un système que je trouve intéressant parce que l’engin est toujours gardé en bon état jusqu’à ce que le locataire devienne le vrai propriétaire », explique-t-il.

Les chinois, une solution à ne pas négliger

La plupart des anciens motocyclistes sont des creuseurs artisanaux de diamants délogés des mines du centre de la RDC. Arricés à Kinshasa, ils se sont convertis en propriétaire d’une ou plusieurs motos de marque Guzzi. Avec l’aide du président de leur association qui fait office de porte-parole, tout est négociable. Le président négocie directement avec les propriétaires des magasins chinois fournisseurs des moto-Guzzi. Il accompagne généralement une vingtaine de membres de son association qui désirent prendre à crédit lesdites motos. Une petite somme est versée à l’avance. Pour un total de 3000 $US, on peut avancer entre 500 et 1000 dollars américains. Le véhicule est livré mais fonctionne avec des photocopies des documents. Les originaux sont gardés par les chinois. Le président fait le suivi et a une prime à la fin de l’opération. Chaque fin du mois, un montant est versé selon les termes de l’accord. Cette somme varie entre 200 et 300 dollars américains jusqu’à totaliser le montant prévu. Après quelques mois, il devient propriétaire.

Matthieu Moto Pamba est propriétaire d’une moto-guzzi : « J’ai travaillé au début comme simple motocycliste. Aujourd’hui, je suis propriétaire de trois motos-guzzi (tricycle). Nous avons tout planifié avec la ristourne pour les uns et l’aide des chinois pour les autres. Aujourd’hui nous sommes tous propriétaires des Ketch et Moto-guzzi. Moi, je préfère la moto-guzzi parce qu’avec ça, l’avantage est que la distance à parcourir n’est pas longue, la consommation est moindre, mais le versement est le même que pour un taxi Ketch.

Une certitude : Une moto prise à contrat a une longue vie car, le preneur le garde en bon état pour qu’à la longue, il la récupère. Par contre, le sans contrat travaille plus pour remplir sa poche et invente des pannes à tout moment à charge du propriétaire.

Génie Mulobo

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