Kinshasa : Les morts ruinent les vivants

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Les familles recourent à des entreprises de sécurité pour assurer le protocole lors des funérailles

Organiser des obsèques aujourd’hui à Kinshasa, est devenue un vrai casse-tête financier pour les familles éprouvées. De nombreuses familles attendent bien souvent et parfois durant de longues semaines le concours des leurs membres vivant à l’extérieur du pays pour y parvenir.


Chaque famille endeuillée tente, selon ses moyens et très souvent au-delà même de ses revenus, d’enterrer dignement un être cher. D’où parfois des dépenses hors de portée, mais rendues quasi obligatoires pour éviter critiques négatives et quolibets.
Dès l’annonce de la mort, commencent les dépenses. Il faut rédiger un communiqué qui sera diffusé dans les radios et télévisions avec la photo du mort à l’appui. La chaîne nationale offre quant à elle, 50 $ par diffusion d’un communiqué nécrologique, l’impression d’une photo varie d’une imprimerie à l’autre, le coût basique d’une photo sur du papier A1 s’élève à 20 $, sur du A2 10$. Ce n’est pas tout. A noter aussi que l’impression photo sur bâche accompagnée d’un petit texte en hommage au défunt est taxée à 10 $ le m2.

Alors que le corps est encore gardé à la morgue, il faut résoudre de nombreux autres problèmes, entraînant de nombreuses dépenses. Il s’agit entre autres de la location de la salle où de l’espace devant abriter la veillée mortuaire, location des tentes et chaises en plastique, louer les services d’un orchestre traditionnel, achat de pagnes pour la confection des uniformes ; location du catafalque ; location d’une fanfare; location d’un corbillard ; achat d’un cercueil, construction du caveau… Autant de dépenses à effectuer pour enterrer dignement ou avec honneur le membre décédé.


Coût élevé des funérariums


Les funérariums fleurissent à Kinshasa et font le bonheur de leur initiateur

Voici cependant, quelques endroits ciblés de la ville de Kinshasa réputés dans l’exposition des dépouilles mortelles et le coût à engager dans l’organisation des obsèques. L’Espace Assanef dans la commune de Lingwala offre sa grande salle à 1600 $, accessoires compris dont 6 tentes, 600 chaises, un groupe électrogène, musique avec Dj, chapelle VIP et décoration. La petite salle revient à 1300 $ avec 2 tentes en support, 300 chaises, un groupe électrogène, musique Dj, chapelle VIP ainsi que la décoration. Le coût de la concession, la grande salle plus une partie du terrain revient à 1980 $. Une fois la note réglée, la famille a droit à 6 tentes, 600 chaises, un groupe électrogène, musique avec Dj, chapelle VIP, décoration…

Le prix pour louer un espace et \ou une salle mortuaire peut cependant être revu à la hausse. Tout est fonction de la capacité d’accueil et le confort du lieu. Pour organiser les funérailles dans la salle « La grâce » sur victoire, il faut débourser 1000 $ et 2000$ pour les jours ouvrables, 1500$ et 2500 $ le week-end. D’autres funérariums, plus prestigieux, coûtent encore plus cher.

L’espace à ciel ouvert dans l’enceinte de la commune de Kinshasa, avec une capacité d’accueil de 5 tentes plus une chapelle se loue à 140 $ en plus de 20 $ de taxe à payer au bureau de la DGRK installé sur place.
La commune de Bandalungwa, avec la même capacité d’accueil et autant de tentes et chapelle, propose 100 $, plus 3000 FC de frais administratifs.

Des accessoires mortuaires hors de prix
Par ailleurs, le montant à débourser dans l’organisation des obsèques ne se limite pas qu’à la location des salles ou espace pour l’exposition de la dépouille mortelle, bien d’autres accessoires importants sont mobilisés.

L’industrie funéraire reste florissante à Kinshasa

Le coût du cercueil n’est pas à négliger. Pour un cercueil aux dimensions standards soit 2m de longueur sur 60cm de largeur en bois simple, il faut débourser entre 350 $ et 650 $. Il faut annexer à cette somme le service complet, c’est-à-dire un corbillard, six à dix tentes, une chapelle et une croix ainsi qu’un service de porteur de cercueil. Bref, l’enveloppe peut atteindre 1250 $. (La croix coûte 10$, une tente locale revient à 10$, celle importée à 15$, le corbillard varie entre 180$ et 220$)

Le coût du cercueil de même dimension mais en couleur dans les services funèbres varie entre 650 $ et 1200 $, ajouté à cela son service complet, on n’est pas loin de 1500 $. On peut trouver aussi sur le marché des cercueils importés en tôle et\ou bois teinté de type américain à 2500$ et 8000 $.
Même si le cercueil est trouvé, il ne faut pas oublier d’habiller décemment le mort. Pour se procurer un ensemble complet (veste et pantalon), il faut prévoir entre 70 $ et 130 $ selon la qualité du tissu. Si c’est une dame, une simple robe en voile de mariée peut s’élever à 70 $, et 150 $ pour une robe de qualité supérieure. Le prix des draps oscille entre 10.000 FC et 15.000 FC, une paire de chaussettes et de gants à 3500 FC.
A noter que les dépenses engagées par l’Etat pour les personnalités qui ont droit à des obsèques nationales au Palais du peuple ou au stade des Martyrs saignent le Trésor public.

Même au cimetière, pas d’égalité
Enfin, vient le moment où il faut accompagner le défunt ou la défunte à sa dernière demeure. Si le cimetière de Kinkole, l’un des plus célèbres de la ville province de Kinshasa, vend une portion de terre de 2m30 de longueur sur 1m20 de largeur entre 300 $ et 650$, tel n’est pas le cas des autres.
« Mbenseke nouvelle cité », catégorise ses espaces. Les prix sont répartis selon les « communes et quartiers» de la ville de Kinshasa. Il en est de même pour “Nécropole entre ciel et terre”, le nec plus ultra des cimetières congolais. Ici, les prix des caveaux dejà construits varient entre 1890 $ et 6000$. Selon qu’on veut enterrer son proche dans une commune moins prestigieuse ou réputée huppée. Même après la mort, le système des castes persiste.

J.W.

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