[Exclusif] Revoici «Django», la terreur de Kinshasa des années 70-80, reconverti en serviteur de Dieu

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A 63 ans, c’est un autre homme. Démarche quelque peu chancelante, sac plastique en main, chemise bien enfilée, c’est un homme sympathique que nous croisons sur une des rues de la commune de Ngiri-Ngiri, au centre de Kinshasa. « C’est bel et bien moi Kulukangala Kinkela Jean-Louis dit ‘’Django’’, le grand criminel des années Mobutu », se présente-il d’entrée de jeu. A part des cicatrices sur les jambes, souvenir de sa première prison à Matadi, sa ville natale, alors qu’il n’avait que 14 ans et venait de commettre son premier meurtre deux ans auparavant, il n’a rien à voir aujourd’hui d’un homme qui, vers les années 70-80, avait terrorisé toute une ville. Reconverti pasteur depuis 2001, responsable de l’église « Dieu Exauce » à Mitendi, dans la périphérie de Kinshasa, Django, surnom qu’il reçoit dans l’armée en référence à un célèbre acteur du film Western américain, est convaincu qu’il est encore en vie par la grâce divine alors que tous ses compagnons ou presque de l’épopée criminelle sont tous morts.

Ses débuts d’un gamin de 7 ans obligé de voler suite à la misère de sa famille, son passage dans l’armée, ses nombreux séjours en prison, ses crimes les plus odieux, ses fétiches,  sa complicité avec certaines autorités de l’époque, sa repentance… le désormais Révérend s’est livré à Lisapo. Confession d’un homme qui une décennie durant, avait mis la capitale sous sa coupe réglée.

Lisapo : A quel moment votre vie a basculé dans le mauvais sens ?

Django : A ma naissance le 28 novembre 1956  à Matadi, ma mère m’avait lavé avec le squelette de la tête d’un singe. A l’âge de 7 ans, j’ai déjà commencé à voler à cause de la misère dans ma famille. On manquait de tout à la maison.  En 2e primaire, mes parents n’avaient plus les moyens de me scolariser. Déjà à 12 ans, au port de Matadi, j’avais commis un meurtre. A 14 ans, j’ai fait la prison dans la même ville où on m’a soudé les pieds. Pour échapper aux multiples arrestations et continuer à voler, je me suis enrôlé  dans l’armée vers les années 1975, à la Division Kamanyola. J’ai fini par déserter.

Quel était ton mode opératoire ? 

J’ai fait plus de vingt ans dans les crimes et j’ai fréquenté de grands criminels de l’époque comme Boddha, Walasse, Asumba na Nganda, jusqu’à ce que je puisse arriver au top niveau des crimes. On visait particulièrement les nantis. Rien à faire avec les démunis.

Il parait que vous avisiez même vos victimes ?

Oui, on glissait parfois des lettres dans des domiciles visés,  par exemple,  48 heures avant l’opération.

Pourquoi on ne vous arrêtait-il  pas dans ces conditions ?

Souvent, j’opérais de connivence avec certains responsables de sécurité du pays. Les autorités me confiaient parfois des missions. Sinon, je leur donnais de l’argent, des voitures pour qu’ils ferment les yeux sur mes crimes. J’ai connu presque toutes les prisons de la RDC : Angenga, Ekafela, Buluwo, Luzumbu,  Luozi, prisons de Kananga, Matadi, Goma. A Kinshasa, j’ai fait trois fois Ndolo et quatre fois Makala.

Vous utilisiez aussi des fétiches ?

J’ai touché à beaucoup de fétiches. J’ai sacrifié des fœtus juste en saluant la mère porteuse, des femmes qui sortaient avec moi, des écoliers en leur distribuant des caramels, des personnes qui ramassaient l’argent que je jetais dans des carrefours.  Ces fétiches me permettaient de passer inaperçu lors des opérations. Elles avaient une validité de 3 à 5 mois renouvelables.

Qu’est-ce qui a été à l’origine de ta repentance ?

Tout dépend des plans de Dieu. Presque tous mes compagnons de l’époque sont morts, même les membres du groupe Bamolona que j’avais créé. Je pense que Dieu a voulu que je sois encore en vie pour témoigner de sa grandeur et conseiller ses enfants.

Mais l’évènement déclic, c’était quoi ?

C’était un crime commis en 1981. Avec la complicité d’une domestique, nous avons visité une famille et j’ai tué tout le monde, y compris un nourrisson de huit mois. Ce crime m’a dérangé et continue à me déranger. En septembre 1989, on m’a arrêté et diffusé mon procès à la télévision. Dans la prison Luzumu (dans le Kongo-Central Ndlr), une rencontre avec un pasteur a tout changé.

 Depuis quand êtes-vous devenu serviteur de Dieu ?

Depuis 2001, je suis pasteur. Révérend depuis 2003. A l’entrée de l’AFDL en 1997, on est sorti de la prison. Après, on m’a arrêté de nouveau car mon évasion avait suscité une panique générale dans la ville. Or, j’avais déjà abandonné les crimes. J’ai passé encore 15 mois en prison. Après ma sortie, j’ai eu la chance de rencontrer le pasteur Sita Luemba qui m’a accueilli dans son école pastorale.

 Aujourd’hui, la ville fait face aux enlèvements dans les taxis mais aussi au phénomène Kuluna. Comment y remédier ?

Tant que la souffrance est dans le pays, c’est difficile  d’y remédier. Bien que beaucoup de Kuluna sont influencés. Je prêche toujours que cette vie est mauvaise. L’Etat doit nous aider à vulgariser ce type de messages. Que ceux qui commentent le mal arrêtent et donnent leur vie à Jésus-Christ, comme moi.

Propos recueillis par Socrate N.

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